En 1882, Henri Gaidoz déclare que toutes ces légendes se ramènent à trois types fondamentaux :

1- Le vaisseau fantastique, né d'une illusion d'optique, entretenu et développé par l'imagination populaire, surtout celle des marins;

2- Le vaisseau-fantôme, dont l'apparition annonce qu'un navire réel s'est perdu corps et biens;

3- Le vaisseau-des-morts qui se rattache à une des plus vieilles croyances européennes sur les voyages qu'il faut faire pour se rendre au pays des morts, par delà le fleuve Océan.

Cinq ans plus tard, en 1887, l'annuaire des traditions populaires de France publie la même liste mais un peu plus détaillée. Il présente les vaisseaux énormes comme le Grand-Chasse-Foudre et la Patte-Luzerne; les vaisseaux-paradis où le matelot a tout à souhait et leur contraire, les vaisseaux-enfers comme le Voltigeur Hollandais et le Navire-Errant; les vaisseaux qui transportent les morts, comme le BagNoz breton; les vaisseaux chargés de revenants; ceux qui ne peuvent accoster ou toucher au port; les navires follets qui attirent d'autres vaisseaux pour les perdre; le navire de la fin du monde, comme le Naglefer, construit avec les ongles des noyés.

Aux États-Unis, Ralph de S. Childs publiait, en 1949, un article sur les 15 bateaux-fantômes qui apparaissent le long de la côte du Nord-est américain. Ce sont les revenants des bateaux perdus en mer ou qui, pour une raison quelconque, sont condamnés à naviguer pour toujours sans faire escale. Il les divise en quatre catégories selon le motif de leur apparition : ceux qui ne font qu'apparaître; ceux qui sont de mauvais augure; et ceux qui apparaissent à date fixe ou qui sont associés au crime et au châtiment.

Dans un article daté de 1958, Edward Ives de l'Université du Maine à Orono, fait une analyse assez minutieuse des vaisseaux-fantômes du détroit de Northumberland, détroit qui se trouve entre le Nouveau-Brunswick et l'Île-du-Prince-Édouard. Ce sont les débris d'un bateau de plaisance qui a brûlé quand des marins ivres ont renversé une lampe allumée dans la cabine du capitaine ou ceux d'un navire d'immigrants au Québec frappé par la foudre et qui a brûlé dans le détroit. Près de l'Île de Shippagan au Nouveau-Brunswick, c'est celui du capitaine Craig qui a fait naufrage non loin de là. Dans les cas énumérés ici, le fait réel qui est à la base de la légende est plutôt physique quant à son origine et il semble que ce fait soit assez récent. Cependant, si on en croit les chercheurs, l'origine de ce fait serait encore plus ancienne.

En effet, Jehan Mousnier, folkloriste français, déclare que la légende du vaisseau-fantôme serait issue de la tradition phénicoscandinave de la mer des Ténèbres ou mer Ténébreuse, tradition qui engendra le Davy Jones Locker. Elle serait aussi liée aux légendes des Maelströms, thème repris par la littérature et revenu ensuite à bord.

Cet exemple de réversibilité s'ajoute à l'aspect caractéristique de certaines traditions orales qui idéalisent des faits divers pour les porter à la connaissance par transmission orale. Il est bien évident que, parmi ces faits divers, ceux de l'existence de Dérelicts, vaisseaux abandonnés, seraient indéniables.

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